Amis pécheurs, femmes de mauvaise vie et hommes de mauvaise foi, vous qui savez déjà que, le jour du jugement dernier, vous n'aurez pas votre dossier traduit en arabe sous le bras, ou même, que vous l'aurez égaré ou pire, carrément oublié sur la commode vers l'entrée au moment de quitter la maison - venez seulement passer quelques jours dans la capitale brkinabée pour vos donner une idée de ce qui vous attend à l'heure d'être transféré en enfer. Car l'enfer, ça ne doit pas en être vraiment loin.
Je ne veux pas parler des millions de 2 et 4 roues qui conduisent comme des fous et polluent à tour de bras, ni même de cette acre poussière qui vous saisit à bras le corps dès les abords de la ville. Non... C'est juste cette chaleur infernale qui vous fait dégoutter comme une lessive mal essorée dès le lever du soleil (la nuit il fait assez bon, à quelques degrés de moins des 32°c qui m'ont accueillie fin mars à ma sortie de l'avion du Sénégal).
Et vraiment, on voit nettement le changement de climat dès qu'on pénètre dans cette partie pré-sahélienne du pays (Sahel qui, désertification oblige, progresse de 10km par an environ dixit le Petit Fûté). Exemple sur l'avenue Kwamé N'Krumah, 10h du matin, on affiche déjà entre 42°c et 45°c selon les thermomètes (tous en plein soleil, il faut le reconnaître).
Un peu plus tard, on se dirigeait en moto vers le Village Artisanal, 1 ou 2 km tout droit sur le goudron... Avec la réverbération, on avait tellement les pieds qui cramaient que c'en était presque insupportable... Ou bien, encore plus tard, arrêt dans un "restaurant" (toit en tôle, une table avec plusieurs grands plats à l'entrée où on choisit ce qu'on veut manger). J'avais: chaud partout de manière générale, avec petite spécialité sur les pieds (qui continuaient leur lente cuisson grâce au sol en béton ultra-thermoreflexif) et la tête (froid à cause de l'évaporation de la transpi dans les cheveux et le vent du ventilateur après l'ablation (?) de ma casquette). Du coup, on a passé une grande partie de la journée à alterner entre:
- démarches dans des bureaux climatisés (compagnie aérienne, banque, boutique du Village Artisanal, supermarché libanais) et
- recherche et ingestion de sachets d'eau glacée (et je peux vous dire que c'est vraiment tout un art que de ne pas se rendre malade quand on meurt de soif et que l'eau est réellement glacée - heureusement la fournaise a aussi du bon et on n'a jamais bien longtemps à attendre
Ces inconvénients mis à part, ces deux petites journées à la capitale sont quand même bien agréables. En effet, vu les conditions calorifiques extrêmes, une fois lancé (et c'est déjà tout un boulot) on ne peut plus s'arrêter! Du coup, tout ce que j'avais prévu de faire en 2 jours (billet d'avion, change, achat de matériel pour une commande de Suisse, visites de courtoisie et visite à tous les copains, ...) était déjà ok hier soir (y compris rattraper tout mon retard sur les téléfilms brésiliens et locaux à la télé). Et même, petit bonus, j'ai trouvé (à prix d'or peut-être, mais avec en cadeau au passage en caisse des chewing gum fraise turcs tout durs):
- des cornflakes
- du thé réglisse-menthe-verveine etc.
-... de l'emmental!!! (j'ai mis des rappels sur deux téléphone sportables différents pour ne pas l'oublier dans le frigo de la famille au départ demain matin, vous pensez bien)
Et enfin... Un petit week-end/vacances, même imposé par des contingences administratives telles que réserver un bilet d'avion, ça permet aussi de faire quelques petites folies qu'on ne saurait se permettre "en brousse" (bien que le terme soit loin d'être exact, c'est un peu l'image qu'ont les ouagalais et autres citadins "chics" de tout ce qui n'est pas... Ouaga!). Exemple: LE CINEMA!
Super chic, avec son petit jardin loin du bruit du trafic de la rue (le seul de tout le pays je pense), un vieux tapis rouge plus qu'élimé à l'entrée et même une vague clim'... C'est le ciné Neerwaya! Bien sûr, le prix du ticket est en conséquence (CHF 2.50 par personne! le prix de deux bières!!!), mais la programmation en vaut la peine: que des super grosses prod' et tous les blockbusters américains. Un peu surprenant de prime abord (les naïfs nasaras s'attendent évidemment à des production locales) mais tout comptes fait même la pire horreur américaine a un petit côté merveilleux comparée à la soupe qu'on nous sert à la télé et dans les vidéo-clubs ("Au coeur du péché", "Tour de Babel", "Maria la del barrio" pour les productions brésiliennes (!), "3 hommes au village", "Commissariat de Tampy", "Ma famille" pour les locales).
Moi, ça me va d'aller voir plein de films, même si ce n'est pas forcément ceux que j'aurais été regarder en Suisse et que ça fait un peu culpabiliser ceux que j'invite à cause du prix du billet ("t'es sûre, c'est pas trop cher?"). C'est chouette de passer du temps à boire un verre en attendant que la séance commence (et il n'y a pas une seule pub au début!!!) ou que ses brochettes arrivent... En fait, ça me rappelle un peu les petits week-ends à Paris avec mon papa quand j'étais petite, départ en TGV avec le Pariscope sous le bras et la ferme intention d'aller voir le plus de spectacles, de films et d'expo possible!
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