mardi 20 mai 2008

opération "Cécile cuisine en Afrique"






Imaginez faire un voyage de plusieurs mois en Afrique. Bien sûr, une fois là-bas, avec la quantité de buvettes, maquis et autres "restaurants par terre" (femmes vendant une sorte de plat - deux si vous avez de la chance - au bord de la route), vous mangerez souvent "dehors" (expression étrange d'ailleurs puisqu'avec la chaleur on n'entre guère à l'intérieur des maisons que pour se changer et parfois dormir).
Fatalement, une fois que vous connaîtrez un peu de monde sur place, vous passerez la majorité de votre temps "en famille", où il vous sera pratiquement interdit de cuisiner puisque vous êtes l'invitée (ce que vous arrange plutôt, même si votre besoin de diversité vous conduira relativement rapidement à faire vous-même le marché et proposer des menus alternatifs au sempiternel riz-sauce arachide). Et là, les premières limites vont se poser à vous. Car une fois que vous aurez eu votre lot de "ragoût" (igname, sauce maggi-oignons-tomates), "spaguetti" (pâtes, sauce maggi-oignons-tomates) et "bouillie" (ah tiens, là ça change: riz-lait en poudre-sucre), vous aurez vite l'impression d'avoir fait le tour.
Du coup, votre sentiment de culpabilité à voir tout le monde s'affairer sauf vous grandissant, vous déciderez un jour, finalement, de remonter les manches et de vous y coller.
Jusque là, vous n'aviez pu que "donner un coup de main" en coupant tomates et oignons, au couteau suisse et, si possible, dans la nuit - celle-ci tombant toujours pile au moment où on se met au boulot...
Première phase de l'opération "Cécile cuisine en Afrique": se procurer un matériel minimum (à savoir des herbes d'Italie, une planche à découper et des petits couteaux de la Migros apportés par votre frère au Sénégal, ces derniers ayant mystérieusement disparu dans la poche d'un employé d'aéroport au passage).
Deuxième phase... cuisiner! Et là, les choses sérieuses commencent vraiment. Bien sûr, vous n'avez pas placé la barre trop haut pour commencer: spaghetti sauce tomate, ça vous paraissait dans le domaine du faisable. Faisable... certes! Facile, en aucun cas. D'abord parce qu'aucun ustensile n'est comme vous avez l'habitude:
- fourneau à choix entre: gaz, feu de bois, charbon, pétrole - tout instrument que vous maîtrisez à la perfection bien sûr (un miracle d'arriver à faire cuire quoi que ce soit là-dessus, ça prend des plombes et en plus c'est toujours un peu cramé au fond quand même)
-absence de "petite patte" pour ne pas se brûler les doigts, ici on utilise habituellement les feuilles de l'arbre le plus proche ou... rien! Avec le temps, vous obtiendrez quand même un vieux bout de t-shirt qui se révèlera fort utile, quoique régulièrement trop petit ou même carrément introuvable (n'oubliez pas que vous cuisinez toujours dans la nuit, avec la lampe de poche dans la bouche)
- l'hygiène bien sûr. Comme on cuisine par terre (et dans la nuit donc), tout l'art réside dans le fait de bien repérer les plats propres dans un tas de bordel sans nom (si tout le monde est toujours OK pour se ruer quand la bouffe est prête - même quand c'est raté -, les initiatives en matière de vaisselle sont plutôt rares...) et ensuite à les manipuler avec une stratégie toute calculée pour ne pas assaisonner votre plat avec tout le sable du pays ou pire, carrément marcher dedans.
- et bien sûr l'absence totale de diversité quant à l'offre en matière de produits. Car sortis du riz/pommes de terre/pâtes d'un côté, et des oignons/tomates/aubergines d'autre part, il n'y a à peu près rien, ou alors c'est vraiment votre jour de chance.
Mais avec le temps, beaucoup d'entraînement et une imagination sans borne, vous maîtriserez vite une nouvelle recette de sauce tomate des plus savoureuses (et puis ça change de la sauce poisson-arachide qui vous soulève le coeur rien qu'à l'idée, à force). Après l'avoir testée 50 fois dans tous les sens (soit avec pâtes, riz ET pommes de terre wouhouh!), vous serez prête à toutes les extravagances! Sauce oignon-oignon, aubergines poêlées en tranches (avec une poêle achetée pour l'occasion), salade de riz-maggi-oignons-tomates-avocat (merci à l'émission radio "la fourchette d'or, pour la promotion et la valorisation des mets burkinabés" pour l'idée du riz en salade), salade pommes de terre-carottes-concombres (assez bof) et même... l'omelette espagnole (oeufs-pommes de terre-maggi-oignons-tomates)!
Et ce soir, au retour de la capitale et ses fabuleux supermarchés libanais: pommes de terre-... emmental!!! (et quand même l'habituel trio infernal maggi-oignons-tomates pour les moins aventuriers) :-)

pour les curieux, la recette de la sauce tomate en question!
en réalité, le seul charme de cette recette est de ressembler trait pour trait à celle qu'on pourrait faire soi-même à la maison... soit avec tomates fraîches, ail, oignons, herbes d'Italie (au lieu de l'habituelle mini-boîte de concentré de tomate et son litre d'huile de coton (si, si!), plus onéreuse par dessus le marché!!!!)

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