mardi 10 juin 2008

valises

A quelques jours de quitter l'oasis verte de Banfora, le moment vient de s'attaquer aux choses sérieuses sans retard. L'ensemble des cadeaux étant déjà réunis (y compris ceux qui ne quitteront même pas le sol burkinabé mais sont destinés aux différents amis et famille à visiter "une dernière fois" pendant ces derniers jours), il ne reste plus qu'à caser le tout dans les valises, tout en gardant à l'esprit trois choses:
1. la bonne répartition des affaires: si on peut éviter de devoir vider intégralement ses deux valises chaque fois que l'on a besoin de sa brosse à dent ou d'une culotte propre, c'est quand même mieux (raison pour laquelle j'ai une valise "cadeaux et bonus" et une valise "survie jusqu'à Morges dimanche")
2. la bonne santé des affaires jusqu'à destination finale: éviter ainsi le shampoing qui coule dans tout le sac, les paniers qui se cassent, ... ; c'est d'ailleurs à ce moment, et à ce moment-là seulement, que vous réalisez enfin que non, finalement, tous ces bouquins (que vous avez lu certes, mais qui vous encombrent à l'heure de l'empaquetage) et ces t-shirts trop sexy n'ont pas été emportés en vain. Non. Ils vous serviront avantageusement à caler les bouteilles de bangui et renforcer les bords de votre sac pour éviter toute casse (enfin, ça, on n'en sera vraiment sûr qu'à l'arrivée)
3. Vous allez probablement revenir. Dans le cas contraire, dites-vous bien que de toute façon vous ne pourrez jamais mettre la moitié des habits que vous portez ici en Suisse (trop voyants, trop folklo, etc...). Vous pouvez donc en laisser une partie ici (de même que la planche à découper, un couteau suisse (non non, pas celui de votre papa, confié à vous au Sénégal), la lampe de poche sans batterie, le reste de spray anti-moustiques, etc...)
Et bon, après tout les voyages sont les voyages, et si l'on ne se déplace pas avec un maximum de bordel, comment alors permettre aux chauffeurs de taxi et aux bagagistes de gagner leur vie? 

Demain donc, départ pour une nuit à Bobo, avant de reprendre le car jeudi direction Ouaga pour deux jours bien chargés, entre dernières visites de courtoisie et achats d'artisanat pour l'association "Ensemble pour eux" (celle-là même du Mali). Et samedi vers 23h, adieux déchirants et énervement de devoir attendre, une fois de plus sans fin, ce satané avion d' "Air Inch'Allah" (en réalité Afriquiyah, ainsi surnommée car c'est ainsi qu'elle ponctue chaque annonce aux passagers - toujours dans un anglais incompréhensible - ce qui est bien sûr tout à fait rassurant pour les passagers comme vous pouvez l'imaginer).
Quant à moi, pour l'heure, je balance... Tristesse au réveil, impatience l'après-midi, joie d'être encore là le soir... Je sais en tout cas que j'ai passé ici 6 mois intenses, riches, variés, pleins d'aventures comme, parfois, de routine et même un peu d'ennui et de Heimweh bien sûr. Si c'était à refaire, je le referais. Tout. Même les moments difficiles (les préjugés, la discrimination, le manque de respect, une ou deux grosses galères auxquelles je ne veux même pas repenser) qui donnent aussi leur saveur aux moments de quiétude. Mais je sais aussi que mon temps ici est terminé, qu'il est temps pour moi de rentrer.
Parce que mon visa touche à sa fin; parce que je n'ai plus de sous; parce que ma famille, mes amis, mon monde familier me manquent; parce que j'ai aussi besoin d'être là où sont mes racines - mes verts coteaux du Lavaux, les eaux bleues du lac, les vaches...
Tout cela qui ne m'était encore concevable que dans un moyen terme un peu flou il y a quelques mois - même si "le besoin de maison" est toujours là, un peu, même profondément enfoui sous la frénésie de l'aventure - je sentais encore l'envie de tant de choses à faire. Et cette envie est toujours là, mais le désir de réalisation est en stand-by. J'ai fait mon temps ici, c'est tout.
Je sais que je reviendrai, mais pour cette fois, cela me suffit. Je suis contente de ce que j'ai fait, ce que j'ai vu, ce que j'ai vécu. J'avais besoin d'air, de me mettre dans des conditions autres pour ouvrir mon horizon. Angoisse du futur - futur qui se matérialise bien sûr dans la définition d'un projet professionnel et la recherche d'un poste... Et ensuite quoi? Vivre 5 jours par semaine dans son boulot et passer ses jours de congé à rattraper le retard accumulé malgré tout - courses, lessive, aspirateur ? Nooon... Oui... Eternelles tergiversations que tout cela.
Mais pour l'heure - et à ma propre surprise aussi - malgré le manque d'attrait à première vue de ce genre de proposition, après avoir "rigolé" pendant près de 6 mois, c'est aussi de cela que j'ai envie. Passer du "jour par jour" à la construction de quelque chose...
Et puis je sais bien que l'ailleurs, l'étrange, le frisson de l'inconnu, aucun avion n'est nécessaire pour les trouver. Si l'on sait ouvrir un peu ses yeux, ses oreilles, il ne dépend que de soi de se laisser happer par l'aventure... Même au bord du Léman, eh oui!

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bon, ben , c'était le dernier moment... de découvrir comment laisser un commentaire, c'est à dire cliquer sur "0 commentaire" pour que la magie veuille bien opérer!
A cette heure (mercredi 17h00 "là-bas"), tu as déjà quitté Banfora, le retour a déjà commencé.J'essaie d'imaginer tout ce que cette transition représente pour toi... et suis fort en pensées avec toi, dans la joie de te revoir.
ton papa
PS Avec ou sans couteau suisse!